INTRODUCTION
Ce numéro « spécial » de ViBe traite de la chiropratique au service des enfants. J’ai voulu explorer ce thème car il est aujourd’hui évident que le rapport à notre santé a évolué. Mais les enfants
sont souvent les derniers à en bénéficier. Les trentenaires et les quadragénaires sont de plus en plus soucieux de renforcer leurs corps et leur esprit au travers d’une alimentation équilibrée, de
la pratique d’une activité sportive et de l’utilisation de médecines douces. Cependant, leurs enfants sont presque exclusivement suivis en allopathie, de par, peut-être, leur apparente fragilité.
Pourtant, ces petites filles et ces petits garçons, lorsqu’ils en ont font l’expérience,
réagissent très positivement aux approches naturelles de la santé. Les fondements de la santé physique, mentale et émotionnelle de l’enfant se construisent durant les huit premières années de sa
vie. Il existe aujourd’hui des moyens pour favoriser son épanouissement. Nous avons voulu, dans ce numéro, vous en présenter un, que
nous jugeons d’une grande utilité : la chiropratique pédiatrique.
Par M. Hammour, DC
CHAPITRE I.
LA COLONNE VERTEBRALE
L'axe de sa bonne croissance
La colonne vertébrale a la double fonction de former l’axe du squelette et de protéger le système nerveux central. La colonne chez l’enfant en développement se modèle selon sa posture, ses
traumatismes, mais également selon son environnement affectif. C’est durant les premières années que l’équilibre du corps se met en place. Les étapes par lesquelles l’enfant passe lui permettent de
graduellement devenir automne, mais elles portent aussi en elles le risque de développer des tensions dans son corps. Découvrons plus en détail ce processus pour aider bébé à grandir sans
entraves.
Les étapes du développement
Dans le ventre de la mère, la première structure à se développer est le système nerveux central, composé du cerveau et de la moelle épinière, qui sera ensuite protégé par le crâne et la colonne
vertébrale. À la naissance, la colonne mesure en moyenne 20 cm et forme une courbe en C. Durant les premiers mois, l’enfant va développer, en relevant progressivement la tête, une seconde courbe au
niveau du cou appelée la lordose cervicale. Puis, de quatre à huit mois, allongé sur le ventre, le bébé va pousser sur les bras pour
lever le buste, créant la courbe du bas du dos, la lordose lombaire. Ces courbes sont indispensables pour ensuite évoluer dans différentes positions. Dès que l’enfant commence à avancer à quatre
pattes, c’est le
début d’une étape importante dans le développement anatomique des articulations
du bassin, ainsi que dans la coordination neurologique du corps. Si ces phases constituent un processus naturel, il arrive parfois que certains facteurs entravent son bon déroulement.
L’épreuve de la naissance
La première cause de perturbation est l’accouchement, qui peut s’avérer traumatique pour le bébé. En bonne flexion, la tête du foetus, arrivé à terme, a la forme parfaite pour traverser le passage
pelvien avec le minimum de résistance et de traumatisme. Or, il arrive que des contraintes intra-utérines, dues entre autres à un déséquilibre du bassin de la mère(1), entravent la liberté de
mouvement du foetus qui risque de se présenter dans une mauvaise position (2). De plus, l’utilisation de forceps, la traction de la tête en rotation ou un
accouchement long sont des facteurs qui favorisent les déséquilibres et les tensions dans le crâne, le haut du cou et les hanches (3).
I:mage 1 - LE FOETUS SE PRÉSENTE DANS UNE POSITION DE LÉGÈRE FLEXION DU COU, FAVORISANT UN PASSAGE AVEC UN MINIMUM DE TRAUMATISME.
Image 2 - LE FOETUS SE PRÉSENTE AVEC UNE IMPORTANTE
EXTENSION DU COU, RISQUANT DE CRÉER DES LÉSIONS DANS L’ARTICULATION ENTRE LE COU ET LE CRÂNE.
Image 3 - LE FOETUS SE PRÉSENTE EN POSITION DE SIÈGE, CE QUI REND LE PASSAGE DIFFICILE, RISQUANT D’AFFECTER LES HANCHES AINSI QUE LES CERVICALES.
SOURCE: PLAUGHER, ANRIG, PEDIATRIC CHIROPRACTIC.
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Généralement, grâce à la malléabilité du squelette encore immature, le bébé récupère efficacement. La succion, entre autres, permet de remodeler les os du crâne. Cependant, si le traumatisme est
trop important, la lésion articulaire risque de persister. Souvent non détectée lors de l’examen postnatal, les symptômes apparaissent dans les jours qui suivent : irritabilité, torticolis,
tendance à avoir la tête toujours tournée dans la même direction, manque d’appétit. De plus, le nourrisson en rapide croissance risque de compenser en installant des déséquilibres dans son
squelette, qui peuvent affecter sa croissance. Si la naissance constitue la première épreuve de l’enfant, les mois et les années qui suivent peuvent également se répercuter sur
sa colonne vertébrale et sa santé.
Respecter le rythme de bébé
Tout comme pour les adultes, les chutes, les accidents de voiture ou les chocs risquent de créer des déséquilibres dans l’axe du corps. De plus, la posture
et le positionnement de l’enfant jouent un rôle important dans sa croissance. Dans les huit à douze premiers mois de la vie de bébé, l’utilisation de supports qui maintiennent prématurément
l’enfant en position assise ou « semi-debout » peut gêner les développements musculaire, articulaire et neurologique par lesquels il doit passer. Maxine McMullen (4), docteur en chiropratique,
déconseille l’utilisation excessive de trotteurs, sièges suspendus, ou encore le maintien prématuré de bébé en position debout. Car, si les parents sont habituellement fiers d’avoir un enfant «
plus avancé » que les autres, souvent, ils ne réalisent pas l’importance des différentes étapes
par lesquelles l’enfant doit passer. Et, cela, à son propre rythme. En règle générale, il est conseillé de ne pas mettre l’enfant dans une position dans laquelle il serait incapable de tenir par
lui-même. Chantal de
Truchis-Leneveu dans son livre, L’éveil de votre enfant (5), note que les enfants à qui l’on permet de se développer à leur rythme apparaissent mieux coordonnés et plus épanouis. Après la petite
enfance, l’enfant, de plus en plus actif, explore son monde avec les chutes habituelles, puis, ensuite, découvre l’école… avec ses plaisirs et ses contraintes.
L’exigence du quotidien pèse rapidement sur l’enfant
Les heures en position assise à l’école sont souvent contraignantes pour l’enfant qui présente un besoin naturel de bouger. De plus, elles imposent au dos une tension excessive sur les lombaires.
En effet, la position assise génère bien plus de pression sur le bas du dos que les positions allongées ou debout.
À cela s’ajoute le port du cartable qui souvent excède 10 % du poids de l’enfant. Au-delà des contraintes scolaires, l’enfant a généralement de nombreuses activités extrascolaires. Son quotidien
risque alors de générer prématurément du stress. Sans compter sur les nouvelles technologies qui ont tendance à accélérer la sédentarisation : au lieu de jouer dehors, de plus en plus de jeunes
préfèrent rester devant leur ordinateur ou leur console. Tous ces facteurs sont à même de créer des tensions dans la colonne vertébrale. Cela se répercute alors sur le bon développement symétrique
de l’ossature, créant des déséquilibres et, parfois, des scolioses. De plus, de par la relation entre la colonne vertébrale et le système nerveux (voir notre chapitre
sur la « Chiropratique pédiatrique »), l’enfant sera plus fragile face aux divers problèmes de santé. Face à ce constat, il semble évident que les parents doivent être informés de l’importance que
peut avoir l’évaluation régulière de la colonne vertébrale de leur enfant. Une colonne en bonne santé constitue un pilier solide autour
duquel l’enfant pourra grandir d’une manière harmonieuse et saine.
NOTES ET SOURCES DOCUMENTAIRES
1/ La cause de la mauvaise position du foetus est idiopathique (non identifiée). Cependant, certains facteurs semblent
fortement y contribuer, comme les tensions et les déséquilibres dans le bassin de la mère, la prématurité, le placenta previa
ou encore l’hydrocephallus.
2/ DUNNE K.B., CLARREN S.K., The Origin of Prenatal and Postnatal Deformities, Pediatr. Clin. North. Am., 1986.
3/ GOTTLIEB M., Neglected Spinal Cord, Brain Stem and Musculoskeletal Injuries Stemming from Birth Trauma : Review of
the Literature, J. Manipulative Physiol. Ther., 1993.
4/ Anciennement responsable de la branche pédiatrique de l’International Chiropractic Association, Maxine McMullen est
l’auteur de nombreux articles sur les soins chiropratiques pour les enfants et les femmes enceintes.
5/ TRUCHIS-LENEVEU Chantal, L’éveil de votre enfant, Ed. Albin Michel, 2002.
CHAPITRE II.
La Chiropratique Pédiatrique
Une approche sûre et efficace
La chiropratique est une profession naturelle de santé qui a pour
objet l’amélioration du fonctionnement du corps, en évaluant et en agissant sur la colonne vertébrale et le système nerveux de l’adulte et de l’enfant. Cependant, en France, où la chiropratique est
surtout perçue comme un traitement pour le mal de dos, peu de parents prennent l’initiative de faire évaluer la santé de la colonne vertébrale de leur enfant. Pourtant, l’expérience clinique des
chiropraticiens et la recherche scientifique actuelle tendent à montrer l’impact qu’a la colonne vertébrale sur la santé et le bon développement des enfants, ainsi que l’importance des bilans
réguliers de la colonne dès la naissance.
Pourquoi la colonne des enfants n’est pas souvent évaluée ?
Les enfants de moins de sept ans se plaignent rarement du dos et les scolioses, considérées comme sévères, ne toucheraient que 2 enfants sur 1000. Il
n’est pas étonnant alors qu’un bilan de la colonne, contrairement au « check-up » médical ou dentaire, ne soit que rarement effectué. Pourtant, garder la colonne vertébrale du jeune enfant libre
de tensions et équilibrée est non seulement important pour la croissance de son squelette, mais également pour sa résistance aux infections, sa coordination, sa dextérité, ainsi qu’un bon
développement émotionnel et social.
Agir en amont pour permettre une bonne croissance
Lors du chapitre précédent, nous avons découvert les nombreux facteurs pouvant contribuer à des déséquilibres dans l’axe vertébral tout au long de la
vie de l’enfant. La profession chiropratique a très vite réalisé l’importance d’agir, et ce le plus tôt possible, sur ces déséquilibres afin d’éviter la chronicité de ce problème et sa
répercussion sur la santé. En effet, peu de temps après la création de la chiropratique, en 1895, les premiers soins pédiatriques ont été documentés dès 1910 (1). L’acte chiropratique chez l’enfant est proche de celui effectué chez l’adulte. La différence principale
étant la légèreté du toucher qui s’adapte à la colonne pédiatrique. L’innocuité et la sûreté de la chiropratique pédiatrique (2)
ont contribué à développer son utilisation. La prévalence et les raisons de consultation des enfants chez un chiropraticien varient grandement d’un
pays à l’autre (voir notre encadré) et semblent principalement être dues à la perception nationale de la chiropratique.
Renforcer le corps naturellement
Que cela soit pour un problème musculo-squelettique, des coliques, des infections chroniques, ou encore pour un comportement hyperactif, les enfants
semblent également bénéficier des soins chiropratiques (3). Il est utile de noter que
l’objectif de la chiropratique n’est pas le traitement de pathologies, qui reste le domaine de la médecine, mais plutôt le renforcement du fonctionnement du corps. Améliorer l’équilibre et la
flexibilité de la colonne vertébrale pour permettre au système nerveux de s’adapter au mieux à l’environnement reste l’unique objectif de la chiropratique. De plus, le docteur en chiropratique
éduque l’enfant et les parents dans le sens d’une participation active à son bien-être. La santé, telle qu’elle est définie par l’Organisation mondiale de la santé, ne se limite pas à l’absence
de symptômes ou de maladie. C’est un état de bien-être physique, mental, émotionnel et social. En permettant à l’enfant de grandir avec un corps équilibré et libre de tensions, les soins
chiropratiques offrent une aide considérable pour son épanouissement. Et, cela, dans les différents domaines de la vie.
LA CHIROPRATIQUE PÉDIATRIQUE DANS LE MONDE
En Australie, les 0-11 ans constituent 4,6 % des patients et les 12-24 ans, 12,8 %. Au Danemark, un quart des patients ont moins de 24 ans : 10 % ont moins de 10 ans et les adolescents
représentent 15 % des patients. Quelles sont les raisons des consultations ? Aux États-Unis, 42 % des enfants (moins de 18 ans) vont voir un chiropraticien pour un problème musculo-squelettique,
20 % pour un autre problème (colique, otite chronique…) et 33 % pour un bilan de santé. Au Canada, plus de 5 enfants sur 10 consultent pour un problème chronique (ORL, par exemple), autre que le
mal de dos.
RÉFÉRENCES ET SOURCES DOCUMENTAIRES
1/ Daniel D. Palmer, fondateur
de la chiropratique, mentionne le soin chiropratique pour les enfants dans son livre Chiropractor
Adjustor, en 1910. Les cours pédiatriques furent ensuite ajoutés au cursus du West Coast Chiropractic College
(Oakland, Californie) dès
1915.
2/ PISTOLESE R.A., Risk Assessment of Neurological and/or Vertebrobasilar Complications in the Pediatric Chiropractic Patient,
Journal of Vertebral Subluxation Research, 1998.
3/ ANRIG C., PLAUGHER G., Pediatric Chiropractic, Ed. Lippincott
Williams & Wilkins.
4/ VAN B., WENDY M., JUAN M., A Comparative Study of the Health Status of Children Raised Under the Health Care Models of Chiropractic and Allopathic
Medicine, Journal of Chiropractic Research, Summer 1989.
5/ ADER R., COHEN N., FELTEN D., Psychoneuroimmunology : Interactions Between the Nervous System and the Immune System, Lancet, 1995.
6/ ALLEN J.M., The Effects of Chiropractic on the Immune System : a Review of the Literature, The Chiropractic Journal of Australia, 1993.
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